Potlatch - Divers

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Allocution lue lors de la soirée de finissage de l'exposition

CREUSER LE QUOTIDIEN À S'EN ARRACHER LES YEUX

le samedi 2 avril 2016

 

Des silences à peine voilés aux tons explosifs ou la gestuelle mécanique du procrastinateur

 

 

Lorsque tu entends des pinceaux ruisseler et flatter le canevas, tu ne fais le choix de l’entendre. Ces bruits, tantôt silencieux, tantôts explosifs, fuient et reviennent comme bon leur semble. Beaucoup plus que ce qui tient du contrôle de celui qui est supposé manipuler le pinceau. Tout ce chahut ne découle pas tant, non plus, d’un besoin obsessif. Je ne me lève pas le matin avec l’envie viscéral de peindre… Coûte que coûte.

 

Je ne crois plus du tout au mythe de l’artiste paumé et incompris de ces contemporains. Bref, je crois surtout que la majorité silencieuse a très bien compris ce qu’est l’art dans toutes ses sphères. Mais comme dans tous les domaines vitaux, les dictats deviennent économiques et par le fait-même politiques. Alors, dîtes-moi sérieusement pourquoi cette majorité souffrante dans un monde qui ne cesse de souffrir s’enticherait-elle donc de ses artistes?

 

En fait, le mythe de l’obsession du peintre ou encore des artistes, en général, tient du spectacle et d'un quotidien superficiellement inventé par l’artiste même. Tout cela vient d’une pseudo-mythologie de l’artiste perdu, désemparé et incompris, qui date de l’époque de l’oreille de Van Gogh. Comme si l’artiste se devait de jouer à la pauvre victime de la société. Alors que, tel que la majorité, l’artiste est bel et bien engouffré dans la victimisation imagée que nous crache au visage et nous fait subir au quotidien, le capitalisme effréné. Ça n’a donc aucunement rien à voir avec une victimisation personnelle et égocentrée, à l’endroit de un ou une artiste en particulier, mais comme dans la plupart des domaines de la vie quotidienne; ça tout à voir avec un système érigé sous des bases d’apparats de liberté.

 

Mais revenons aux besoins du peintre de se planter dans le décor de l’écorchure quotidienne… Revenons aux yeux qui veulent s’arracher du quotidien qui se creuse toujours plus, de jours en jours… D’années en années. 

 

Je me lève surtout avec des images qui s’accumulent et s’empêtrent sur la pile des silences qui flottent aléatoirement dans ma tête… En permanence.

 

Si l’on part donc de cette petite explication, les toiles qui vous pendent sous les yeux ce soir, ne sont finalement que des amonts de doutes qui se fragmentent en imagerie d’un moment ou d’un autre.

 

Rien de plus… Rien de moins!

 

Si ces doutes se tairent souvent pour se transformer en silence magnifiés et que leur lenteur s’assoit bien tranquillement sur un strapontin, ce n’est que la rigueur de la paresse qui le demande. Celle-là même qui te fige les yeux au plafond, pendant des minutes et parfois même des heures entières.

 

Celle-là même qui veut à tout prix trouver des images le plus juste possible et non seulement juste des images.

 

C’est peut-être pour cette raison un tantinet puriste que les images en amonts de doutes se font passer pour autre que des images. Bref, elles ont plus souvent qu’autrement tendance à se muter en sons… En une multitude de sons. Et de l’étalage de ces multiples sonorités, celle qui ne fuit jamais, pour se retransformer en un flou imagé, est le silence. Ce même damnant et foutu son qui te ramène aux floues des images toujours aussi douteuses dans l’amoncellement des actions que tu rêves de prendre pour cesser le creusage de ton quotidien. Mais reste toujours, aussi, la blancheur du canevas et ce blanc ne sera jamais assez pure pour t’indiquer une porte de sortie. Tu te remets donc très rapidement à creuser et à creuser, encore et toujours. Plus tu creuses le quotidien et plus tu tues de bébittes. Tant pis pour elles, mais elles te font par contre perdre un temps incommensurable. Après le grondement de ces silences incessants que représentent ces mêmes bébittes, suivent les mots. Finalement, ce ne sont que les mots des bébittes que tu tues à l’intérieur de leurs propres cris méticuleusement silencieux.

 

Puis revient ce moment où tu recommence à creuser tel un mineur au fond de sa ville devenue fantomatique, et que tu trouves une toute petite lueur qui s’apparente à une couleur. Toujours pas d’images justes… Mais au moins, une petite lueur.

 

Tu te lève donc de ton strapontin. Puis tu prends, à pleines mains et bien décidé à en finir avec la blancheur tracassante du canevas, un pot de couleur sur laquelle t’es apparue une toute petite lueur au moment où tu creusais encore la lourdeur de la journée.

 

Mais comme tu es déjà assez blasé de cette journée perdue, tu n’ouvres point le pot de lueur. Tu le bouge seulement de place. Tu le mets par terre aux abords du chevalet. Tu remonte et tu vas te coucher.

 

Lorsque tu te réveilles, autant floué qu’hier, tu te sauves en courant jusqu’à l’atelier. Tu recreuse les silences, toujours à la recherche de la justesse des images encore et toujours aussi douteuses.

 

Par contre, tu avais du moins déjà choisi la couleur de la première détonation.